Jeudi 22 octobre 2009
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Le
Domaine de Nianing est le club de vacances français situé sur la Petite
Côte du Sénégal, à environ 10 km de Mbour.
Je l'ai vu grandir, ce domaine. Au début, c'était plutôt des cases avec un peu de verdure. Mais maintenant, c'est devenu un parc immense avec une flore magnifique, obtenue à force d'arrosages
et de soins attentifs journaliers. Le Domaine de Nianing est aujourd'hui un superbe paradis vert où l'on se croirait presque dans la forêt équatoriale.
A l'origine, habitat naturel des singes pata-patas, puis peu à peu transformé en lieu de villégiature pour les stressés d'Europe et de Dakar, la capitale du Sénégal. Les petits
singes rouges ont su s'adapter. Ils connaissent l'heure des repas, l'heure des animations, ils vont au théâtre, ils savent où se trouvent
la piscine et la discothèque. Ils viennent boire l'apéritif au bord de la piscine avec les clients en grignotant leurs arachides grillées.
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Je l'ai toujours appelé le club des Français, parce qu'à 1 km de là, il y avait le Club Aldiana, qui accueillait les stressés d'Allemagne. Eux, c'était le
club des Allemands. Vivant les uns à côté des autres, séparés juste par de la nature et pourtant ne se comprenant pas. Pourtant, la nuit, certains téméraires se hasardaient à faire des
incursions dans la boîte de nuit de l'un ou de l'autre club. A cette époque, la vie était encore belle. Peu de barrières avec des millions de garde-chiourmes.
Si je vous en parle aujourd'hui, c'est pour vous raconter comment, grâce au Domaine de Nianing, j'ai pu savourer le pouvoir que j'avais à une époque. J'étais bienvenue au Domaine. J'habitais à
Mbour. Ma maison était ouverte à tout le monde. J'aimais faire la cuisine. J'aimais recevoir à la bonne franquette. J'aimais bien faire la vaisselle. Une fervente d'église appelait mon chez-moi
'La Maison du Bon Dieu'. Il y avait bien une bonne, une 'fatou' (terme tabou pour certains Européens alors que les Sénégalais disent indifféremment bonne ou fatou!), mais elle comptait pour du
beurre tellement elle travaillait mal et si lentement. Ce qu'elle mettait 1h à faire et pas bien, je le faisais en 5 mn et propre.
Le week-end, des copains de Thiès ou de Dakar venaient se reposer chez nous. Nous, c'est mon ex officiel, mon singe, mon chien et moi-même. Nous passions les weekends à une dizaine. Nous
allions boire un verre au Domaine de Nianing. J'étais la seule fille du groupe. Les garçons y allaient surtout pour le plaisir des yeux, pour admirer toutes les beautés des vacances. Il leur
fallait boire souvent. Leurs gorges se desséchaient tellement ils admiraient les peaux bronzées, celles qui allaient le devenir d'ici peu et les employées racées. Ils perdaient beaucoup d'eau à
rouler des mécaniques pour impressionner la gent féminine. L'argent s'évaporait à chaque commande de consommations.
Un jour, ô miracle ! les don juan entendirent une voix qui venait du ciel et qui leur dit:
– Si vous êtes avec Pauline, vous ne payez pas vos consommations.
Le bar se trouve devant la piscine. Dans la piscine et autour, les filles.
Il arrivait que je préférais rester à la maison jouer avec mon chien et mon singe plutôt que d'aller à Nianing. C'est alors qu'ils me disaient:
– Viens avec nous. Si tu ne viens pas, il va falloir qu'on paie.
Et ils faisaient plein d'efforts pour me convaincre, pour m'amadouer. Ils me promettaient qu'on irait en balade en brousse, qu'on irait chasser le lapin, qu'ils ne roteraient plus à table, etc.
Tout d'un coup, j'étais devenue une vedette. Ils avaient tout d'un coup des égards pour ma personne. Ils étaient aux petits soins. Fallait voir comment.
Pour leur faire plaisir, je me levais et on allait au Domaine.
Un après-midi, à notre arrivée, nous apprîmes une mauvaise nouvelle. Les casiers de langoustes qui étaient en réserve dans la mer avaient été ouverts dans la nuit et toutes les langoustes
s'étaient faites la valise. Vous imaginez la catastrophe et la perte d'argent? La réserve de langoustes d'un club de vacances réduite à presque zéro. C'est foudre sur la tête du ou des
coupables, ça. Il fallait être bon plongeur pour faire ce coup-là.
Moi, j'étais hors de cause, puisque que je ne savais pas bien nager, ce qui est toujours le cas, d'ailleurs. Les soupçons se portèrent sur mon groupe. Ils furent tancés dès leur
arrivée.
– Si vous faites des bêtises, on vous fait payer comme tout le monde.
Ce fut la fin des sorties en groupe.
J'ai voulu revoir Apo pour lui dire merci pour cette époque. Mais j'ai appris qu'il était malade et qu'il venait moins souvent au Sénégal.
Apo, Alex,
Merci pour autrefois.
simsimsalabim