Ce qui me plaît dans le Hilton de Downtown, c'est cette place située à l'entrée même de l'hôtel
et qui accueille tous les touristes fatigués des jambes. Nul besoin d'être client du prestigieux hôtel pour s'y installer. J'y venais avec mon livre et mon iPod pour y passer quelques après-midis,
les jours où le soleil brillait sur la ville.
Juste en face du Hilton, c'est l'ex-World Trade Center dont on voit les palissades qui entourent Ground Zero en reconstruction. Il
reste encore à faire. Mais des tours ont déjà été montées.
De la fenêtre, je pouvais voir Tower 7 en train de monter, monter. Presque un étage par jour. Puis, le jour de l'inauguration,
j'ai vu Hillary Clinton prendre le micro. Un souvenir assez émouvant me lit à ce quartier. La toute première fois que j'étais sous les tours, c'était pour prendre le train Path qui devait
m'emmener à New Jersey. Il y avait beaucoup de monde sous terre.
J'habitais à l'époque au 47ème étage dans une tour juste à côté de la Cathédrale Saint Paul. Le fait de me retrouver dans les entrailles du World Trade Center était comme une descente aux
enfers. Je n'étais pas tranquille : 'Si les tours tombent sur moi, comment ferai-je pour sortir à l'air libre ?' C'était un an avant la catastrophe. Une semaine avant la date fatidique, je
prenais l'avion pour l'Allemagne.
La construction de World Trade Center - 1960s
A mon retour à New York, il a fallu retrousser les manches et sortir les gants de ménage des grands nettoyages parce que le nouvel appartement se trouvait justement à deux pâtés de maison de
World Trade Center. C'était devenu un quartier fantôme. La plupart des résidents et des magasins avaient fui le quartier maudit. Il ne restait que des décombres, des trous dans la chaussée et des
tonnes de poussière.
Pour encourager les gens à venir repeupler ce quartier, le gouvernement accordaient des primes de 500 USD par mois pendant deux ans. De quoi compenser l'énorme baisse de qualité de vie. La
reconstruction se faisaient 24h/24 et tous les jours de la semaine. Il était très difficile d'entendre son intercoluteur au téléphone, parce que les marteaux-piqueurs piquaient non-stop. La nuit,
pas moyen d'avoir une minute de silence. Tout le temps, du bruit et de la poussière.
Des kilomètres de tuyaux et de câbles, absolument partout dans tout le quartier. Moi qui m'était souvent demandée comment c'était sous le macadam de New York, là, j'étais vraiment bien
servie. Il arrivait que des câbles soient coupés par accident. Plus moyen de téléphoner en utilisant la ligne fixe, plus de TV. Mais les techniciens, admirables d'efficacité,
s'évertuèrent à réparer le plus vite possible. Trop efficaces même. Wall Street ne resta que 3 ou 4 jours hors service ...
Il y avait une formidable force vive qui soufflait dans ce quartier et sur la ville de New York, le sentiment que si l'on unissait tous nos forces, nous y arriverions. RECONSTRUIRE était
le but ultime. Pour que la dynamique d'avant retrouve ses droits. Ou encore mieux. Pendant plusieurs mois, des immeubles restèrent vides. Puis, peu à peu, le quartier se repeupla.
A un angle de la Church Street, il y a un kiosque qui vend des journaux, des billets de loto, des choses à grignoter et des cartes de téléphone. J'allais y acheter des cartes de téléphone de $5
une fois par semaine. Quelque temps après, ô surprise, le gérant m'annonce qu'il m'accorde une réduction de 10% sur tous mes achats de cartes de téléphone. Il y a des gens vraiment gentils à
New York. Depuis, je remarque tous les gens de la péninsule d'Inde parce que le monsieur du kiosque vient de là. Je ne connais même pas son nom. Ni lui, le mien.
Aujourd'hui, une palette de produits de soins pour la peau va arriver à New York. Le destinataire va pouvoir observer à quel rythme les commandes vont rentrer.
Quand le budget 'Nourriture' est devenu mince comme du fil cellophane, le consommateur normal ne pourra rien dépenser en produits de beauté. Du coup, les magasins de beauté accuseront une forte
baisse des ventes 'too slow'. Si la crise est terminée, les consommateurs recommenceront à prendre soin d'eux-mêmes et achèteront plus de produits ou alors ils retourneront de nouveau dans les
instituts de beauté. C'est très relaxant de se faire traiter par une esthéticienne.
Good news !
Le Petit Wolof (FR-WO) accepte enfin de prendre la vitamine F que je lui avais donné il y a plusieurs mois. N'allez pas plus loin que F si
vous ne voulez pas être déçus. En effet, il n'y a rien à voir plus loin.
Après presque 3 ans de longue patience et de soins tellement pointus que ça m'avait guéri de rien du tout, l'essai ultime : le billard. Quand ils m'avaient dit que l'os au talon avait un morceau de
trop et qu'il fallait l'enlever, je me disais :"Chouette ! Je vais bientôt avoir des pieds de princesse et je chausserai taille 36 ou 37." Parce que dans ces tailles, il y a toujours eu des modèles
de chaussures qui m'avaient plu et que je ne voyais plus dans ma taille normale : 38 pour le pied droit. 37 pour le pied gauche. Si vous pensez que je suis mal foutue, dites-le tout doucement et
très vite. Mais que je ne l'entende surtout pas. Sinon, je vous montre quelques prises de self-défense de ma fabrication.
Le jour de l'opération et trois jours après, mon pied était relativement joli à regarder, si on ferme un oeil sur les fils, les
croûtes de sang, la couleur rouge orange du badigeon de l'opération ainsi que la couleur noir violet foncé. Ils avaient dû en donner des coups de marteau, sur mon pauvre pied pendant que j'étais
dans les vapes !
Puis le talon s'était mis à gonfler quelque chose de bien. 'Voilà mon pied qui est devenu bon pour la poubelle.' En plus, ça faisait mal. J'avais remplacé une douleur par une autre douleur. Mais
toujours au même endroit. La poisse, quoi !
Elle a fait peur à beaucoup de monde, ma jambe. Les gens n'étaient pas habitués à me voir en béquilles. Quand Georges, mon voisin de quartier, a téléphoné pour me demander si je voulais aller
faire un tour avec lui, j'ai dit tout de suite : 'Oui, oui. Avec joie.' Sans lui donner plus de détails.
Lorsqu'il m'a vue sur la place de l'église avec mes béquilles, ça lui a fichu un coup. Georges est un homme charmant, la gentillesse personnifiée. Toujours souriant et serviable, le coeur sur
la main. Prêt à aider son prochain comme lui-même. Il vient du Liban. Mais vit à Munich depuis la nuit des temps. Après avoir étudié à Berlin, il a eu la bonne idée de venir se poser en Bavière
où j'ai pu le rencontrer.
La promenade jusqu'au Jardin anglais à pied fut donc remplacée par une visite boulangerie-pâtisserie où il m'invita à manger tous les gâteaux que je voulais. Si nous
avions été en France, j'aurais vidé toute la pâtisserie. Mais comme l'action se passait à Munich, je me suis contentée d'une tarte aux fraises.
Une tarte qui n'arrivait pas à devenir meilleure malgré les gros yeux que je lui faisais. Ce n'est pourtant pas difficile de faire des bonnes tartes ou des bons gâteaux. Pourquoi les
soi-disant professionnels de la pâtisserie font des gâteaux que je n'arrive pas à manger?
Le pied, en ce mois d'octobre, n'est pas encore complètement guéri. Sans que ce soit la grosse douleur, je sens que j'ai un pied. En espérant que la situation s'améliorera bientôt, parce que
j'aimerais bien refaire du jogging.