Jeudi 7 mai 2009
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18:18

Les cinq gamins en blouse
bleu étaient au portail de la grande entrée. Je me demandais ce qu'ils faisaient là, vu que d'habitude, dès qu'ils touchent le portail, ils entrent rapidement et se mettent à jouer et à cavaler
partout dans le jardin.
Je descens donc voir. De l'autre côté du portail, sur la route, je visionne aussi Marie, une des quelques voisines toubabs du quartier. Elle me voit aussi. Elle envoie donc son message:
– Pauline, excuse-moi de te parler aujourd'hui, mais Ndiass a craché dès qu'il m'a vue. Il crache sur une toubab alors que c'est aussi une toubab qui l'envoie à l'école. Cest sale et malpoli.
Cracher à l'intention d'une personne, c'est l'offenser et apparemment, Marie est très offensée. Je prends le soin de me cacher derrière le portail pour essayer de réfréner un rire. Je vois
la frimousse amusée des gamins et le visage courroucé de Marie.
Comment ne pas rire dans ce cas-là surtout quand je sais que Marie me fait la tête depuis de longs mois parce que je lui avais suggéré de vendre sa maison moins cher si elle veut s'en débarrasser
au plus vite pour quitter un pays qu'elle ne supporte plus du tout?
Les cinq gamins, toujours calés dans le portail, dès qu'ils entendu le mot 'crache' me disent : 'On n'a pas craché. On a fait 'Khar touf ! Khar touf !' Et pour être bien sûrs d'être compris, ils
lient le geste à la parole. Avec beaucoup de conviction. Je retire mon pied au cas où ils auraient vraiment craché. Faut être prudent. On ne sait jamais.
Je demande à Ndiass.
– Pourquoi tu as craché quand tu as vu Marie?
– Je n'ai pas craché. J'ai fait 'Khar touf ! Khar touf !'.
Et il me fait un cours de psychologie. Quand les enfants font comme ça, il est bon de ne rien leur dire, sinon ils le font mille fois plus. Il suffit de les ignorer. Et ils s'arrêtent
d'eux-mêmes.
Je mets alors tous mes dons de persuasion au service de la diplomatie directe et réussis à le convaincre d'aller frapper à la porte de Marie quand il rentrera de l'école, de lui demander
pardon et de lui promettre qu'elle ne subira plus jamais de 'Khar touf ! Khar touf !'
Du moins venant de lui...