Mercredi 13 mai 2009
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Marie
aime au moins un animal puisqu'elle aime son petit chien. Un petit chien de poche tout blanc-ivoire avec plein de poils, court sur pattes, face aplatie. Un ramasse-poussière de première qualité qui
nous vient des montagnes du Tibet.
Trempez le petit chien complètement dans de l'eau légèrement savonneuse. Massez bien le corps pour enlever toutes les particules poussiéreuses accumulées depuis le dernier toilettage. Ressortez la
bête de l'eau. Vous tenez dans vos mains un petit rat aux membres si frêles, au corps si menu que l'on se demande comment il a fait pour résister à plus de dix hivernages, aux vers de Cayor et aux
tiques d'Afrique.
Sans son chien, Marie se sent seule, très seule. Elle et lui forment si bien la paire qu'il arrive qu'on appelle la maîtresse par le nom de son chien ou vice-versa.
Les grands hôtels qui n'acceptent pas les chiens dans leurs zones restauration ne la connaîtront jamais. Elle est intransigeante. Elle est implacable.
Une fois, du temps où je pouvais me permettre des largesses, je l'avais invitée à manger dans un restaurant d'un village de vacances allemand, le Club Aldiana. C'était une soirée festive, une
soirée d'adieu car le lendemain beaucoup de touristes prenaient l'avion du retour dans la vie quotidienne après avoir rechargé leurs batteries à bloc. Les touristes avaient mis leurs habits de
gala, ceux qui prennent plus de place que tout le reste dans leurs valises de vacanciers, des habits rien que pour les belles soirées d'adieu.
Nous étions en train de chercher une table où nous installer quand un employé de l'hôtel vînt nous dire que les chiens doivent rester à l'entrée du restaurant, où on pouvait les attacher à un
arbre. Elle pourrait lui rendre visite tout le long du repas et lui apporter une entrecôte avec des frites, une glace, des gâteaux, bref tout ce qu'un chien gâté-pourri pourrait apprécier jusqu'à
lui faire éclater le ventre.
Mais Marie tenta d'argumenter.
– Il est tout petit, mon chien. On ne le voit même pas. Il ne va déranger personne.
Elle fut encouragée dans sa prouesse par le fait que quelques Allemands avaient vu le chien et commençaient à lui faire des caresses. Mais l'employé du restaurant connaissait trop bien le
règlement de la maison. 'L'accès du restaurant est interdit aux chiens. Même à celui de la résidente Marie.' Pour Marie, c'était un affront personnel que de laisser son chien en-dehors du
restaurant pendant qu'elle serait à table.
Elle prit alors la grande décision de renoncer à l'immense buffet de fête et de rentrer chez elle. Comme le club se trouvait à 10 km de la ville, qu'il faisait nuit, que les taxis étaient rares et
que je n'avais pas le coeur aventurier ce soir-là, je dus renoncer, moi aussi, à faire bombance et à danser jusqu'à fatiguée. Si j'avais pu la beamer ce jour-là, je l'aurais fait avec plaisir.
Malheureusement, je n'avais pas encore de pouvoir surnaturel.
Les enquiquineuses, ce n'est pas ma tasse de thé.