Le lendemain de retour d'une mission périlleuse, où j'avais à sauver un carnet scolaire en piteux état, je constate une chose désagréable : on m'a piqué mon vélo !
Un vélo solide et asez lourd que j'aimais beaucoup parce qu'il m'avait permis de revoir et d'admirer les beaux paysages de France. On a fait beaucoup de kilomètres ensemble même si ce n'est pas
avec lui, ma toute première grande ballade à vélo.
A ce moment-là, j'avais un vélo à zéro vitesse acheté au marché aux puces pour la modique somme de 30 DM (environ 15 EUR).
que je répondis sans réfléchir. De Munich, pour aller à Paris, il y a quelques monticules comme les Vosges. Pas moyen de les éviter. C'est en route que je m'aperçus de l'importance de quelques
petites différences. Mon compagnon de route, mari de ma copine, était un sportif accompli. Il avait des mollets gros comme mes cuisses et un vélo de course à mille vitesses très léger. Sa
femme et son petit garçon, qui partaient en train, nous donnèrent rendez-vous à l'arrivée. En train, 9 heures. En vélo, 10 jours.
Inconsciente, je n'avais pas évaluer la sueur que les 900 km me feraient couler sur le front. Malgré mon excellente forme physique j'ai versé des larmes tellement je souffrais par moments. Nous
étions partis ensemble de Munich mais c'est plus vrai de dire que Munich-Paris, je l'ai fait pratiquement toute seule. Il avait tout le temps de l'avance sur moi. Il m'attendait alors accosté à
un arbre ou assis sur le banc d'une grande place, un livre à la main.
En vrai sauvage, il préférait les sentiers de traverse, les chemins forestiers interdits d'accès aux promeneurs, les chemins avec des trous, des pierres, des montées et des descentes. Il aimait
tout ça. Je le suivais, docile. J'aurais préféré passer par là ... sans vélo chargé. Je ne comprenais pas l'utilité d'emprunter des voies accidentées alors qu'il avait un vélo de course et
moi, un vélo de ville. Tous les deux, chargés. Moi, plus que lui. A mi-parcours, on était dans les hauteurs, il m'alléga en me prenant la tente jusqu'à Paris.
Pour camper, c'était le vrai bazar. Il fallait se planquer pour ne pas attirer les rôdeurs et nous allions dans des sous-bois pas possibles. De plus, j'avais attrapé la crève.
Pire que les Vosges, le boulevard périphérique parisien m'angoissait. Comment se frotter à des millions de voitures qui prennent les cyclistes pour des quantités négligeables? A l'époque, Paris
ne connaissait pas encore la couleur verte.
Je me souviens que quatre jours après le départ, je voulais rebrousser chemin. Nous étions non loin d'une gare et plus près de Munich que de Paris. 'Dirk, je mets mon vélo sur le train et je
rentre chez moi.' Ça rinçait un max. Nous étions trempés de la tête au pied. Ça dégoulinait de partout. J'étais complètement épuisée. J'en avais plus que marre. Il eut pitié de moi.
– Passons la nuit en ville.
Une bonne douche bien chaude, un bon repas au restaurant de l'hôtel, une nuit dans un vrai lit avec des draps bien secs et qui sentent le propre me requinquèrent. Je repris courage.
La veille d'attaquer le périphérique, Dirk n'avait plus l'air pressé d'arriver à Paris.
– Pourquoi es-tu si pressée? Nous avons encore le temps.
– Allons-y. Paris nous attend.
Oui, j'étais pressée. J'étais très impatiente de voir Paris. Si impatiente que c'est moi qui donnais le rythme. Dirk ne pouvait faire autrement que de me suivre. Le dernier jour, nous avions
pédalé 120 km ! J'avais concentré deux jours en un jour. Des ailes m'´étaient poussées. Mes jambes tricotaient à toute vitesse. Le boulevard périphérique de Paris, très dense en
circulation, l'un des plus denses du monde, nous souhaita la bienvenue..
Les derniers coups de pédales nous amenèrent devant la porte de l'appartement où la femme de Dirk nous attendait. Sur fond de musique latino-américaine, la femme de Dirk, les amis de la
femme de Dirk nous accueillirent à bras ouverts. Sa femme et son fils étaient arrivés deux jours avant nous.
Pour rentrer à Munich, les vélos prirent le train. J'ai gardé de cette traversée des Vosges le parfum et la saveur incomparable des fraises des bois et des myrtilles que je cueillais dans les
bois.
Cette première longue ballade me donna l'envie de faire d'autres ballades encore plus longues: 1400 km, 1600 km, 1200 km en deux ou trois semaines :
- Brest-Bruxelles par la côte
- Nantes-Nice en passant par Sainte-Livrade, Sarlat et les canaux du Midi
- Nantes-Joigny
avec un vélo de trekking Schauff et des sacoches que j'avais fait moi-même. De merveilleuses ballades que je raconterai un jour.
Depuis le jour où je me suis aperçue de sa disparition, je scanne tous les vélos que je vois dans la rue partout où je passe, dans l'espoir de revoir le mien. Je me dis que je l'avais peut-être
oublié contre un mur. Mais c'est quand même très peu probable. En attendant qu'il me revienne, j'ai retapé un vélo d'occasion rouge et noir.
… masquer la fin