Mercredi 11 novembre 2009
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Moussa ne sait ni lire, ni écrire, mais il possède des qualités que l'on cherche en vain chez beaucoup de gens 'savants'. Fiable et opiniâtre, il est intelligent et a le sens des responsabilités.
Pour lui, les responsabilités, ce ne sont pas des histoires de cacahuètes.
Il a fait ses classes Clic Clac Kodak quand Youla, le grand manitou du labo cherchait un apprenti pour l'aider. C'était encore l'époque des photos papier. Les affaires marchaient bien, les clients
venaient faire développer leurs pellicules 100 ASA à 400 ASA et au-delà. Kodak, en ce temps-là, était le seul labo de la place. Les touristes impatients pouvaient alors admirer de suite leurs
chefs-d'oeuvre d'art sur le lieu même de leurs vacances et même donner une épreuve aux personnes à qui ils avaient promis une photo souvenir. Ça tournait rond. Le tiroir caisse chantait tous les
jours.
Puis les temps changèrent. Non seulement ce fut le commencement de l'ère digitale, mais voilà que les labos se mirent à pousser comme des champignons partout dans tous les quartiers de la ville et
même à deux pieds de nez de l'empereur d'antan. Youla repartit à Dakar la capitale et Moussa monta en grade. Jusqu'à présent, c'est lui le chef du labo.
En bon musulman, la Fête du Mouton, pour Moussa, c'est sacré. Comme il ne pouvait pas se payer tous les ans le prix exigé pour un mouton de Tabaski, il se mit à en élever et à en vendre lui-même
chaque année. Son petit cheptel pour l'année 2009 se compose de deux grands moutons et de deux petits. Sans oublier les canards et les poulets; car il s'était dit que puisqu'il y était, pourquoi
pas ? Et voilà de quoi assurer les grandes fêtes de la famille comprenant quatre enfants et leurs deux parents. Belle leçon de mathématiques appliquées pour un employé, même chef, d'un labo dont la
gloire s'est ternie trop d'années en arrière.
Moussa habite un quartier lotissé où toutes les cases sont en paille, sauf la sienne, qui est en dur. Ses enfants, il a préféré surveiller son éducation lui-même plutôt que de les confier aux
daras. Il ne voulait pas se dérober à ses devoirs de père. Tant qu'il vivra, l'éducation et l'instruction de ses enfants, il en fera son affaire personnelle. Il les a tous envoyés à l'école. Les
deux plus grands sont en 6ème, les deux autres en classe d'initiation et au cours préparatoire.
Le fait le plus remarquable, c'est qu'il s'implique aussi dans l'éducation des enfants de ses voisins de quartier en paille. Il frappa à leurs portes :
– Que font vos enfants quand ils reviennent de l'école ?
– Rien. Ils jouent.
– Dans ce cas, envoyez-les chez moi.
Et c'est comme ça que tous les jours de 4h à 7h une quinzaine d'enfants apprennent ensemble, guidés par les aînées de Tonton Moussa qui a financé de sa poche un tableau et de la craie pour son
étude de brousse. Les mamans, pour lui dire merci, lui fait envoyer des verres d'attaya ou de la bouillie de mil.
Moussa et Binette, un couple courageux et travailleur,
s'efforce, malgré de très faibles moyens, de scolariser un coin de brousse,
aux confins de Mbour, la capitale touristique du Sénégal
Le seul regret de sa vie est de n'avoir pas fait les bancs.
– Père, pourquoi ne m'as-tu pas envoyé à l'école ?
– Mon fils, il y avait trop d'enfants et pas assez d'argent.
Si l'exemple de Moussa pouvait se multiplier comme certains pains, les problèmes de l'Afrique seraient éradiqués à tout jamais. Dans chaque coin d'Afrique, il y aurait un jardin et dans chaque
jardin pousseraient les fleurs de la connaissance...
Pour vos photos souvenirs de mariage, de baptême, de décès,
Pour vos photos de fêtes, d'anniversaire ainsi que tous vos agrandissements :
Moussa Clic Clac Kodak
Tel. (+221) 77 570 74 18
Vendredi, 19h, je suis allée visiter la mini école de Moussa. C'est quand même assez loin du centre ville puisque le taxi –quand on en trouvait un qui voulait y aller– demandait 2000
CFA pour un aller-retour. Sur la route, j'avais toujours peur qu'il y ait une crevaison parce que je voulais rentrer avant la tombée de la nuit pour pouvoir faire travailler mon gamin.
Chez Moussa, les enfants apprenaient. Comme j'avais constaté qu'aucun poteau électrique décorait ce village de paille, deux jours après la visite, j'ai apporté cette
lampe dynamo à Moussa. Vous pouvez facilement imaginer le bonheur sur le visage des enfants qui peuvent désormais faire leur travail d'école avec
un meilleur éclairage. Sans compter l'économie de bougies et de pétrole dans le budget familial. Et les cris de joie provenant des cases avoisinantes quand comme de la lumière de jour se mit à
briller dans la nuit obscure.
Quand je partirai du Sénégal, je lui laisserai mon
PowerMonkey avec la lampe 10-LED. Là, ce sera encore plus extra. Tous les visages
s'éclaireront alors. Comme si toutes les étoiles du ciel seraient descendues sur le petit village de paille.