Lundi 15 février 2010
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En 1960, dans un village de brousse, non loin de la côte du Sénégal, s'ouvrait une école primaire. A cette époque, encore plus que de nos jours, dans les esprits était ancré ceci : les garçons aux
champs, les filles à la maison. Les petits garçons suivaient leurs pères pour travailler dans les champs tandis que les petites filles allaient puiser de l'eau et s'occupaient des tâches
ménagères.
Si des garçons arrivaient à déranger l'ordre immuable des choses en prenant le chemin de l'école, il n'en était pas de même des filles. Elles n'étaient pas nombreuses à 'faire les bancs' à cette
époque. Pourtant, une petite fille de sept ans allait changer l'avenir du village ainsi que ceux d'alentour et celui de beaucoup d'autres encore.
Aucune de ses aînées n'était allée à l'école. Il était inconcevable que cela se passe autrement. Qui pourra jamais nous dire ce qui, en 1963, poussa la petite fille à venir parler à la soeur ?
- Je veux aller à l'école.
La soeur n'en revenait pas de la détermination de l'enfant. C'était bien la première fois de tout son parcours qu'elle vivait une scène pareille. Elle revoit tous les efforts qui avaient été faits
et qui sont faits en permanence pour scolariser les enfants. Succès plutôt maigre, il faut le reconnaître. Et voilà qu'une toute petite fille vient se présenter de son propre chef.
- Apporte-nous un extrait d'acte de naissance et tu seras inscrite.
La petite fille était heureuse d'aller à l'école. Elle absorbait avec aisance tout ce qui lui était enseigné. Mais dans le village, les gens désapprouvaient complètement. Les langues parlaient.
Celles des voisins proches, celles des voisins du bout du village. Tour à tour, parfois en délégation, tous venaient voir le père pour lui dire ce qu'ils pensaient de sa mauvaise façon
d'élever sa fille.
- Il faut la sortir de l'école. Elle y perd son temps. La place d'une fille, c'est à la maison. Si elle n'apprend pas le travail de la maison, elle ne pourra pas trouver de mari. Comment
s'occuperait-t-elle de son foyer si elle ne sait rien faire ?
Le père leur répondait alors calmement :
- Ma petite aime bien aller à l'école. Elle se débrouille très bien, en plus. Pourquoi la retirer de là ?
Grâce à ce père compréhensif, la petite fut la première du village à décrocher brillamment le certificat de fin d'études, qui, à l'époque, était un examen difficile plutôt à réussir. Elle
poursuivit ses études et devint enseignante. Son salaire put nourrir toute la famille.
La soeur aînée, voyant la réussite de la plus jeune de la famille, comprit enfin l'utilité de l'école. L'instruction permet de subvenir aux besoins de toute la famille, de ne pas sentir la faim
dans le ventre, de se soigner. La soeur aînée montra d'autorité le chemin de l'école à ses enfants. Un de ses fils devînt même professeur d'anglais.
Peu à peu, des écoles virent le jour dans d'autres coins du village, ainsi que dans les villages avoisinants.
L'école du village fête ses 50 ans en ce mois de Février 2010. La petite fille d'autrefois assistera aux festivités de cet important anniversaire.
Bon anniversaire, école !
Merci, CD, pour m'avoir raconté votre histoire. De tout coeur avec vous en ce mois de Février.
A force d'anonymat, j'ai complètement oublié le nom du village. Ce n'est que partie remise. Le nom du village sera online dès que j'aurai l'information... Si je n'oublie pas de
demander.