Le Dictionnaire Wolof-Multilingue Vivant !
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Après un séjour de deux semaines au Sénégal en Novembre 2009, Liily reprenait l'avion vers la Suisse. Elle était contente de repartir. Depuis quelques années, sentant ses forces diminuer, elle
disait chaque fois que ce serait son dernier séjour.
Pourtant, chaque fois, deux fois par an, elle s'envolait pour deux semaines vers le Sénégal pour aller s'occuper des démunies et des délaissés du pays. Il n'est guère étonnant qu'au-delà de 90
ans la mémoire lui joue des tours, qu'elle oublie vite qu'elle avait dit qu'elle ne reviendrait plus. Et chaque fois, elle rebouclait ses valises et reprenait le chemin de l'aéroport.
Cette fois-ci, sur le chemin de l'Europe, elle avait encore dit :
– C'est la dernière fois. Je ne reviendrai plus.
Mais cette fois-ci sera vraisemblablement la dernière. En effet, ce dernier séjour s'était plutôt mal passé. Près de cinq millions CFA en liquide lui avaient été volés dans le trajet aller. Ils
se trouvaient dans une mallette qu'elle voulait garder tout le temps avec elle, et pour cause. Une partie dans des enveloppes fermées que des amis membres de l'ONG lui avaient remises pour
qu'elle puisse mener à bien son travail de soutien. Les enveloppes avaient été ouvertes. Lilly n'avait pas fermé la mallette à clé, puisqu'elle voulait garder la précieuse mallette tout le temps
avec elle. Et tout cet argent était bien sûr en argent suisse, sinon il aurait fallu affréter un avion rien que pour les millions !
Mallette plus fauteuil roulant. Un peu encombrant pour une dame de 95 ans. Elle fut d'office débarrassée de la mallette en montant dans l'avion. A Dakar Yoff, elle récupéra sa mallette. Sans
aucun argent à l'intérieur. D'autre part, à Mbour, autre triste découverte : Du matériel entreposé dans la case de passage, à trois mètres de son lit, alors que des personnes de confiance avaient
la clé, avait disparu sans qu'une porte n'ait été pourfendue. C'est dire ce que ça veut dire. Tout aussi rageant : constater que des projets qu'elle avait financés avaient été réalisés n'importe
comment, sans suivre les directives fixées d'un commun accord lors des réunions de travail, etc.
Elle était contente de savoir que l'avion l'emporterait loin de ce pays qu'elle a aidé pendant 50 ans. La grande dame, après 50 ans de service de loyaux services, repartait avec de
l'amertume dans le coeur et aussi un peu fâchée par ce qu'elle avait vécu en Novembre 2009.
Je l'avais rencontrée en 1999. A cette époque, le Centre Touristique (aujourd'hui : Coco Beach Hotel, un nom bien pompeux pour un hôtel qui n'est plus que l'ombre de lui-même), situé juste à
l'entrée des Eaux et Forêts de Mbour, marchait assez bien. Il y avait des touristes, du personnel, des buffets. Les verres de cocktail avaient de la jolie couleur, la piscine était nettoyée assez
réguliërement et le bar, gentiment vivant.
J'étais venue retrouver une partie de mes racines. Dans la grande case restaurant, à l'heure du buffet de midi, je l'avais repérée. Toutes les deux, nous avions eu droit aux petites tables du
bord de la case, là où bestioles descendent du toit, prennent leur élan sur une tige de paille pour atterrir directement dans nos assiettes. Les touristes, eux, avaient les bonnes tables, plus au
centre et près du buffet. Elle était assise dans mon dos.
Elle était venue pour voir la phase terminale de la construction du petit complexe Centre Ophtalmologique et Optique + Centre des Aveugles + Case de passage destinée aux spécialistes du secteur
médical et aux âmes de bonne volonté de Suisse qui viennent aider bénévolement.
La première fois que j'avais mis les pieds en territoire petit suisse, un crucifix placé sur le mur, au-dessus du cadre de la porte et en-dessous du plafond, arrêta mes pas. Il fallait éclaircir.
Je ne voulais pas de malentendu. Il y avait avec elle deux autres dames de Suisse. 'Lilly, je peux vraiment entrer ici ? Je ne suis pas croyante.' 'Reste comme tu es. Tu es la bienvenue dans
cette maison.'
Dix années ont passé. Lilly va sur ses 96 ans maintenant. Reviendra-t-elle jamais au Sénégal ?
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