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J’avais invité l’architecte français à squatter mes 27 m2 pendant un weekend afin qu’il puisse réaliser un souhait : boire une bière à la Fête de la Bière de Munich. En weekend, la moindre petite chambre d’hôtel pendant cette période folle coûte dans les 200
à 300 EUR. C'est pourquoi beaucoup de visiteurs dorment dans leurs voitures parce qu’ils ne peuvent pas payer ces sommes astronomiques. Ça doit sentir fort l’urine là où ils parquent leurs
voitures...
Dès le premier soir, j’avais senti qu'il était radin (du moins, en ce qui me concerne). Il n’était pas disposé à délier sa bourse pour ma petite personne. Ce qu’il a réussi avec brio,
d'ailleurs. Un plat de canard et une bière sans alcool sur la Theresienwiese. Un repas au buffet chinois. Jusqu’à son départ, le lundi
midi, en tout et pour tout, 35 EUR au grand maximum.
Bien que je sois très indépendante, j’apprécie malgré tout certains égards de la part des hommes. Quand j’avais flairé à qui j’avais affaire, ma joie de le recevoir et de lui servir de guide
dans ma ville disparut. Il s'en alla découvrir la ville tout seul comme un grand. A part deux ou trois heures où je l'accompagnais dans le secteur du Hofbräuhaus et de la Maximillianstrasse, mon côté teranga
n'ayant pas été complètement anéanti par sa radinerie de première.
Pour le recevoir, j’avais nettoyé l’appartement, organisé sa couche sur le sol. Avec matelas Thermarest et une couverture que j’étais allée acheter exprès pour pas qu'il attrape froid au cas où
le thermomètre serait descendu. Quand il est parti, j’ai lavé les draps, repassé et rangé. Il est propre et calme. Il sait faire la conversation sur beaucoup de sujets. Vous pouvez le recevoir
chez vous. Il n'y a plus de place pour lui chez moi.
Quand j’ai raconté cette aventure à mes copains, ils m’ont désapprouvé complètement. 'Ça t’apprendra à recevoir n’importe qui. Et s’il t’avait fait du mal?' Contre les attaques, je
peux me défendre. Mais contre la radinerie et le manque de savoir-vivre, je ne peux rien faire.
L’autre zouave de véto, je les connais depuis longtemps avec sa femme. Ils avaient déménagé depuis plus de dix ans et vivaient dans un pays frontalier. Il était revenu à Munich parce
qu’un locataire devait lui rendre les clés d’un appartement à Schwabing: ‘Je voudrais
t’inviter à manger, mais je n’ai que 30 EUR sur moi’....
Dire que je les avais invités, lui et sa femme, lors des grandes fêtes que la société que mon copain organisait. Il y avait tout plein à boire et à manger et beaucoup de musique. C'était
Cornucopia City en miniature. Comme quoi, faites du bien à un vilain, il vous chie dans la main.
Je regrette le temps où Fritz, un adepte de la culture punk, un no future drogué alcoolique notoire m’invitait et refusait que je paie
l’addition. Je connaissais son parcours et l’état de ses finances. Un jour, il réussit à décrocher un emploi de déménageur. Il était content de m’inviter à aller manger alors qu’il savait que
mon copain était propriétaire d’une société de logiciels qui marchait bien et
qui faisait vivre au moins 100 employés sans compter tous les revendeurs. 'Si tu sors avec moi, c’est moi qui paie.’ Si je n’avais pas eu la chance de le rencontrer, je n’aurais jamais
pu savoir que des chevaliers généreux se cachent chez les punks imbibés qui traînent dans les rues.
Et Ali du Sénégal, qui m’invitait alors qu’il n’avait pas beaucoup de sous. Il ne voulait pas que je paie, lui aussi. Pour ne pas
alourdir l’addition, il ne mangeait pas. Mais c’est aussi bien connu que ‘Bread is liquid in Bavaria’. Ali, il est parti sans me
prévenir. Il me manque beaucoup.
Quant aux deux rustres de là-haut, je ne veux plus les revoir. Aucune classe, aucun savoir-vivre. L’un continue à faire le ménage ailleurs que dans sa tête. L’autre continue à manger du
fromage, du chocolat et des montres toute la journée entre deux vaches à soigner.
Vous l'avez compris: je ne supporte pas les radins. Ils me glacent. Tranquilisez-vous, je n'ai ruiné ni Fritz, ni Ali, ni les étudiants qui m'avaient invitée. Le sens de la mesure, je
l'ai acquis à la naissance de même que certaines allergies...
Publié le 02/11/2009 à 08h00 dans bissap