Le Petit Wolof

Tout près de l'école s'est ouvert depuis peu un nouveau restaurant. Avec la boîte de nuit, ils se partagent le même mur et  le même nom : L'Escale. C'est le quartier de Mbour où ils sont situés que l'on appelle ainsi. A cause de la boîte de nuit, il a fallu que des cerveaux se grattent pour savoir si une paroisse, une église et une boîte de nuit peuvent vraiment vivre en très bons voisins, le salut des âmes étant contraire aux plaisirs terrestres...

Dans le restaurant, il y a beaucoup de monde. L'endroit est joli et accueillant. Nos deux amis s'installent à une table tout près du comptoir qui lui-même se trouve à la sortie de l'établissement. Après avoir commandé un ceebu jën et un yassa poulet, deux spécialités sénégalaises dont ils raffolent particulièrement quand c'est bien préparé, ils vont se laver les mains. A leur retour, ils voient leur table occupée par deux dondons.
– Mais c'est notre table ici. Vous n'avez pas vu le gros cartable de l'enfant ainsi que le gros sac noir?
– C'était votre table, mais maintenant c'est la nôtre. Nous avons l'habitude de nous asseoir ici.

La fille voyant que les deux grasses n'ont pas l'intention de déménager tous leurs kilos en trop, dit à l'enfant :
– Prends ton cartable. On sort d'ici.

Une fois dehors, elle prend son téléphone portable :
– Dépêche-toi d'aller voir au restaurant. Il y a deux de celles qui cassent les amortisseurs qui nous ont piqué notre table pendant qu'on était allés se laver les mains alors que nous avions laissés nos affaires là-bas. Nous, on va manger ailleurs.

Quand il arrive au restaurant, ils s'aperçoivent qu'ils se connaissent tous les trois. 'On ne savait pas qu'elle était avec toi'. Sans plus tarder, les deux driankés de service ont droit à une leçon de bonne conduite gratuite. Des bénévoles se prennent le temps de leur expliquer 'Ça ne se fait pas', 'impoli', 'C'est pas normal', 'table occupée' etc. Elles se font tirer les oreilles dans tous les sens.

Quand Nafi, la serveuse, en apportant les plats, avait demandé où étaient passés ceux qui avaient commandé, les deux dondons lui disent : 'Dem na' (Ils sont partis) sans donner plus d'explications. Après son départ, le restaurant téléphone plusieurs fois au grand pour s'excuser.

Pendant ce temps, au restaurant Le Sahel, nos deux amis mangent un ceebu jën délicieux où il y a tout ce qu'elle aime et qu'on ne trouve pas souvent dans la même assiette, le même jour : de la sauce bissap, du yet, de l'aubergine, un bout de carotte, du chou pommé, du navet, ainsi que le plus gros morceau de poisson jamais servi dans les restaurants qu'elle connaît avec, en plus, du rof, cette toute petite farce goûtue à base de persil devenue rare dans les plats de riz au poisson de beaucoup de restaurants si elle oublie de demander ... quand il en reste encore.

 

C'est tellement délicieux qu'ils y retournent le lendemain.

Mar 17 nov 2009 Aucun commentaire